« Le Point » part sur les traces des cannibales. Aujourd'hui : les Mangbetu qui méprisaient, et mangeaient, les tribus à la peau plus noire.

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Au XVIIe siècle, les Mangbetu quittent leur Soudan natal pour s'installer au cœur de l'Afrique noire. Très exactement, dans le nord du futur Congo belge (devenu la République démocratique du Congo) où ils s'unissent à des pygmées et à des Bantous. Ce peuple guerrier asservit très vite la région. Ils pratiquent alors un cannibalisme de guerre qui consiste à s'emparer des guerriers morts pour les dévorer sans aucun état d'âme. Il faut dire que les Mangbetu de par leur origine septentrionale se jugent supérieurs à leur voisin. Du reste, ils accentuent ce côté « intellectuel » en bandant le crâne des bébés dès l'enfance pour l'allonger. Les Mangbetu sont également d'excellents forgerons, ce qui leur permet d'exceller dans la chasse (surtout à l'éléphant pour récupérer l'ivoire) et dans la guerre. Ce qui ne les empêche pas d'être également de grands musiciens.

Comme des moutons à l'abattoir

Le premier à décrire les mœurs anthropophagiques des Mangbetu est le botaniste et ethnologue allemand Georg August Schweinfurth. Au passage, c'est également lui qui confirme l'existence des pygmées Aka. L'explorateur séjourne chez les Mangbetu en 1868. À plusieurs reprises, il observe les guerriers de la tribu revenir de combats avec de la chair humaine, découpée sur les ennemis morts. « Le cannibalisme des Mangbetu est le plus prononcé de toutes les nations africaines… Les carcasses de tous ceux qui tombent sur le champ de bataille sont immédiatement réparties entre les vainqueurs, et immédiatement séchées pour être transportées jusqu'aux maisons de ceux-ci. Ils poussent les prisonniers devant eux, sans remord, comme des bouchers conduisant les moutons à l'abattoir et ils sont condamnés à devenir un prochain jour la victime de leur avidité horrible et écœurante. » La partie du corps humain la plus prisée est la graisse qu'ils utilisent comme matière grasse – elle plus savoureuse que l'huile de palme...

Un bras humain suspendu au-dessus du feu

Lors de son séjour à la cour du grand roi Mbunza, Schweinfurth rapporte que le souverain se régale de chair d'enfant bien goûteuse et craquante presque chaque jour. Cependant, jamais il n'a pu le voir de ses propres yeux, tout comme il n'a pas assisté à un festin cannibale. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir cherché. Quand il s'en étonne auprès du souverain, celui-ci lui répond « que connaissant l'aversion que nous avions d'une telle pratique, il a avait pris la précaution de demander [à ses sujets, NDLR] d'être discrets en la matière ».

Cependant, à deux reprises, l'explorateur allemand a l'occasion de surprendre les prémices d'un repas. « Le premier de ces cas est survenu lors de mon arrivée surprise parmi plusieurs jeunes femmes autour d'un pot rempli d'eau bouillante, posé sur le sol en terre battue devant la porte d'une hutte. Elles étaient en train d'ébouillanter la partie inférieure d'un corps humain pour en enlever les poils. Au point où elles en étaient, l'opération avait transformé le noir de la peau en gris fauve, et la vue dégoûtante n'a pas manqué de me faire penser à nos cochons gras à qui on enlève la soie. Une autre fois, j'ai aperçu un bras humain suspendu au-dessus du feu, manifestement avec le dessein de le sécher et de le fumer. » En guise de preuve, Schweinfurth a rapporté de nombreux crâne de guerriers ennemis dévorés qui se trouvent aujourd'hui au musée de Berlin.

LE POINT